Les Pieds-Noirs
1962 L'EXODE
Les Pieds-Noirs
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Il sera , le plus souvent laissé à l'initiative de bonnes volontés.

Sondage I.F.O.P en début juillet : 62% des français de métropole refusent toute idée de sacrifice à l'égard des "Pieds Noirs".

En janvier 1962 plus de la moitié des français interrogés ne se sentent pas ou plus solidaires des Français d'Algérie.
Neuf mois plus tard, ils sont 31% à estimer l'aide aux rapatriés excessive, et 53% à juger que les rapatriés ne font pas ce qu'il faut pour s'adapter à la métropole.


17 juin 1962, au Conseil des Ministres, Robert BOULIN récidive : "Entre le 1er juin et le 26 juin, il a été enregistré 169 000 retours vers la métropole. Ce rythme de passages correspond exactement à celui des départs de juillet 1961. Ce sont bien des vacanciers, jusqu'à ce que la preuve du contraire soit apportée"
(Alain PEYREFITTE "C'était De Gaulle" (Fayard 1994 page 173)

C'est "un afflux de vacanciers" pour Alain Peyrefitte, qui poussa même l'inconscience ou le cynisme en proclamant que la cause de l'arrivée massive des Pieds Noirs "était due à une trop forte chaleur en Algérie"!

"Ce sont des vacanciers un peu pressés d'anticiper leurs congés" pour Robert Boulin alors secrétaire d'état aux rapatriés.

"Ce sont des vacanciers. Il n'y a pas d'exode, contrairement à ce que dit la presse"
Robert BOULIN, conseil des Ministres du 30 mai 1962.

" Les français d'Algérie sont de riches colons "
Le Figaro du 23 août 1962


http://www.tenes.info/galerie/EXODE/7_G

Les Français d'Algérie qui débarquent en métropole font l'objet d'une froide indifférence, ou, même d'appréhensions. On ne les connaît pas. On ne sait d'où ils viennent ni si ils sont " vraiment " français. Jugés premiers responsables du conflit qui vient de se terminer et qui a coûté la vie de trop nombreux soldats métropolitains, ils ne semblent pas " mériter " que l'on porte sur eux le regard compatissant que beaucoup espèrent.
http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/37/94/84/PDF/Texte.pdf

Conseil des Ministres du 25 juillet 1962, Robert BOULIN affirme : "La plupart des "repliés" à Marseille ne tiennent pas à travailler !"(A.PEYREFITTE o.c. page 195)

L'accueil fut en quelques occasions trop rares compatissant voire chaleureux.


Source : CCIMP - MQ 4.2.3/02 - Christelle HARRIR
www.frenchlines.com/.../christelle_harrir_conf_organisation_du_rapatriement_diaporama.pdf

"Tous les Français rapatriés, qu'ils aient besoin ou non d'une aide matérielle, doivent avant tout se sentir entourés d'une atmosphère de sympathie et de compréhension. De tout temps, en France, une épreuve nationale appelait aussitôt, dans un sentiment de solidarité, l'aide de tous les Français en faveur des victimes. Il semble que le retour des Français obligés de quitter le pays où ils résident n'ait pas provoqué le même élan de solidarité. L'opinion publique, peut-être insuffisamment informée, n'a pas subi le choc psychologique et n'a pas éprouvé la nécessité d'agir. (…) La France doit savoir offrir à ses enfants le secours de la Communauté à laquelle ils n'ont jamais cessé d'appartenir; elle doit prendre la défense de leurs droits"
Journal Officiel du Samedi 16 Septembre 1961, Avis et rapports du Conseil Economique et Social, Séances des 25 et 26 Juillet 1961, " Problèmes posés par la réintégration des Français d'outre-mer dans la communauté nationale ", p. 1002

Mais il fut le plus souvent, agressif.

"Marseille a 150 000 habitants de trop. Que les Pieds-Noirs aillent se réadapter ailleurs !"
(Gaston DEFERRE, maire de Marseille Extraits de Paris-presse l'intransigeant " Dernière heure " jeudi 26 juillet 1962)

Interview du maire de Marseille dans le journal Le Figaro du 26 juillet 1962 :

A propos de la scolarité des enfants Pieds-Noirs : "Il n’est pas question de les inscrire à l’école, car il n’y a déjà pas assez de place pour les petits Marseillais." (Figaro 26 juillet 1962)

Question : « Voyez-vous une solution au problème des rapatriés de Marseille ? ».

Réponse : « Oui ! Qu’ils quittent Marseille en vitesse ».

"Ils fuient. Tant pis ! En tout cas je ne les recevrai pas ici. D'ailleurs nous n'avons pas de place. Rien n'est prêt. Qu'ils aillent se faire pendre où ils voudront ! En aucun cas et à aucun prix, je ne veux des pieds-noirs à Marseille". Gaston Deferre

"Des cadres de déménagement de rapatriés sont plongés dans la mer pour les détériorer". (Cécile Mercier page 94)

"Au moins le tiers de ces coffres (des cadres !! NDLR) était éventré. Leur contenu gisait, épars, sur le sol... Des hommes rôdaient parmi ces choses. Tous avaient les bras chargés de butin".
(Serge GROUSSARD "un voyage sans retour avec les désespérés d'Algérie)

Il fut en général, inexistant et méprisant à l'encontre de ces gens
"QUI VIENNENT MANGER LE PAIN DES FRANCAIS."

" Ils ont une drôle d'allure, ces passagers en provenance d'Algérie!"
(l'Humanité du 6 janvier 1962)



"Ne laissons pas les repliés d'Algérie devenir une réserve du fascisme."
(François BILLOUX, député communiste-l'Humanité du 5 juin 1962)

Guy Mollet, l'ancien président du Conseil, demande au gouvernement qu'on intègre les rapatriés au plus vite pour ne pas les voir grossir les rangs des formations fascistes.

Le journal La Croix du 24 février 1962, recommandait, au sujet des jeunes rapatriés qu’il fallait :
« …éviter de laisser notre jeunesse se contaminer au contact de garçons qui ont pris l’habitude de la violence poussée jusqu’au crime ».

Louis JOXE au Conseil des Ministres du 18 juillet 1962 : "Les Pieds-Noirs vont inoculer le fascisme en France.... Dans beaucoup de cas, il n'est pas souhaitable qu'ils retournent en Algérie ni qu'ils s'installent en France où ils seraient une mauvaise graine. Il vaudrait mieux qu'ils s'installent en Argentine ou au Brésil ou en Australie."
(A.PEYREFITTE o.c. page 193)

«Il faut les obliger à se disperser sur l’ensemble du territoire. Leur répartition et leur emploi exige des mesures d'autorité».
(C De Gaulle au Conseil des Ministres du 18 juillet 1962)

"Pourquoi ne pas demander aux affaires étrangères de proposer des immigrants aux pays d'Amérique du Sud ? Ils représenteraient la France et la culture française. "
(Georges Pompidou 1er Ministre, au Conseil des Ministres du 18 juillet 1962) (A.PEYREFITTE o.c. page 192)


"Mais non ! Plutôt en Nouvelle Caledonie ou en guyane qui est sous-peuplée et où on demande des défricheurs et des pionniers !"
ch de Gaulle

Cette population meurtrie et communautarisée sous le coup les événements qu'elle a vécus dans sa globalité, va se trouver éparpillée, dispersée, parfois même chassée.
Ainsi, depuis Marseille et d'autres villes du sud, ils sont nombreux à se trouver comme " expulsés ", de nouveau, vers des régions du nord.
Marie MUYL - UNIVERSITE PARIS I - PANTHEON-SORBONNE UFR de Science Politique Thèse pour obtenir le grade de docteur de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Nul ne pourra faire l'objet de mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires ou d'une discrimination quelconque en raison :
- D'opinions émises à l'occasion des événements survenus en Algérie avant le jour du scrutin d'autodétermination ;
- D'actes commis à l'occasion des mêmes événements avant le jour de la proclamation du cessez-le-feu.
Aucun Algérien ne pourra être contraint de quitter le territoire algérien ni empêché d'en sortir.(1)


C'est le défilé des baluchons

...Le 27 mai 1962, le El Mansour, en provenance de Mers-el-Kébir, transportait neuf cents Pieds-Noirs qui accostèrent à Port-Vendres en chantant La Marseillaise et Le Chant des Africains. D'autres paquebots (El Djezaïr, le Kairouan, le Sidi-bel-Abbes, le Cazalet...), des cargos (le Canigou, le Rélizane...) et même des chalutiers (le Deux-Sourds, le Tout va bien, l'Émilia, l'Espérance...) firent traverser la mer à des milliers de familles qui n'emportaient avec elles que quelques valises. Parfois, des bateaux repartaient avec des soldats d'origine maghrébine démobilisés par l'armée française et reconduits dans leur pays devenu souverain pour y connaître un avenir plus qu'incertain...
Philippe Bouba, L'Arrivée des Pieds-Noirs en Roussillon en 1962, éditions Trabucaire
http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article6307
Le "KAIROUAN" qui ramène en un voyage,
le 25 juin 1962, 2630 personnes
Le "VILLE DE MARSEILLE"

L'accueil des Français d'Algérie sur la terre métropolitaine ne fut pas à la hauteur de leurs attentes. De détails blessants en paroles insultantes, ils comprennent rapidement à quel point cette France leur est hostile, et, de même coup, que loin d'être entendues et supportées, leur drame, et la souffrance qui en découle, paraissent niés dans leur réalité même, et dans leur légitimité à être exprimés.
Marie MUYL - UNIVERSITE PARIS I - PANTHEON-SORBONNE UFR de Science Politique; Thèse pour obtenir le grade de docteur de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne


L'État algérien souscrira sans réserve à la Déclaration universelle des droits de l'homme et fondera ses institutions sur les principes démocratiques et sur l'égalité des droits politiques entre tous les citoyens sans discrimination de race, d'origine ou de religion. Il appliquera, notamment, les garanties reconnues aux citoyens de statut civil français.(1)
(ndlr : c'est à dire Les Pieds-Noirs)

Les premiers temps en métropole furent très durs. Difficultés matérielles, malgré l'action du secrétariat d'Etat aux rapatriés. Pénible isolement moral, la majorité de l'opinion, surtout à gauche, ayant à leur propos une opinion très négative. Douleur d'être des vaincus de l'histoire sans même bénéficier, au contraire, de la compassion qui va généralement aux vaincus.
http://migrations.besancon.fr/index2.php?option=com_content&do_pdf=1&id=705

Destination inconnue...

"Aucun service ne fonctionne à cette date et, à la vérité, personne ne peut donner les renseignements indispensables sur un hébergement provisoire ou une direction future." Jean-Jacques Jordi, 1962 : l'arrivée des Pieds-Noirs, p. 27

L'Algérie garantit les intérêts de la France et les droits acquis des personnes physiques et morales dans les conditions fixées par les présentes déclarations. En contrepartie, la France accordera à l'Algérie son assistance technique et culturelle et apportera à son développement économique et social une aide financière privilégiée.(1)

Leurs droits de propriété seront respectés. Aucune mesure de dépossession ne sera prise à leur encontre sans l'octroi d'une indemnité équitable préalablement fixée.(1)

Attendre un peu encore

Ils ne sont pas les bienvenus car ils ont entraîné la population métropolitaine dans leur guerre d'un autre temps. Aux yeux des Français d'Algérie qui attendent pourtant, et malgré les différends, de leur mère-patrie qu'elle leur ouvre ses bras, qu'elle les accueille comme citoyens au même titre que les métropolitains, il s'agit là d'une traduction trop réelle de la volonté de la France de tourner le dos à ceux qui, jadis, auront compté parmi les meilleurs atouts de son statut de puissance coloniale.
Marie MUYL - UNIVERSITE PARIS I - PANTHEON-SORBONNE UFR de Science Politique; Thèse pour obtenir le grade de docteur de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne

" A l'aéroport d'Orly, la direction interdit aux pieds-noirs d'emprunter l'escalier mécanique parce qu'elle estime que leurs valises et leurs ballots volumineux sont une gêne pour les autres voyageurs."
http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/37/94/84/PDF/Texte.pdf


Dans le centre de Marseille, sur un panneau figure cette inscription : " Les pieds-noirs à la mer. "
http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/37/94/84/PDF/Texte.pdf

Ils recevront les garanties appropriées à leurs particularismes culturels, linguistiques et religieux.(1)

Ils utiliseront la langue française au sein des assemblées et dans leurs rapports avec les pouvoirs publics.(1)


http://www.tenes.info/galerie/EXODE/7_G

Ils conserveront leur statut personnel, qui sera respecté et appliqué par des juridictions algériennes comprenant des magistrats de même statut.(1)

Nota : (1) Extraits des accords d'Evian signés le 18 mars 1962 à midi et applicables le 19 mars

Dans l'Hérault, l'accueil se fait dans l'urgence . Des dispositifs de type "plan Orsec" sont mis en place. La question vitale est celle du logement. Les rapatriés doivent faire face à l'hostilité des habitants ; à la méfiance des propriétaires (lettre d'un rapatrié : " Je compte sur votre bienveillance pour avoir une solution possible, car pour nous qui avons tout perdu, il n'est plus question de retourner en Algérie, qui nous était si chère ") ; à l'impuissance de l'administration, même si les autorités nationales et locales cherchent des solutions. Des programmes ambitieux de logements sont mis en route à Aiguelongue (1960-1964), à La Paillade (1963-1968)...
Parallèlement, les nouveaux venus doivent subvenir à leurs besoins. La question de leur intégration économique est donc essentielle.

Midi Libre Édition du lundi 7 septembre 2009
http://www.midilibre.com/articles/2009/09/07/MONTPELLIER-1962-les-valises-sur-le-pont-ils-quittent-l-39-Algerie-909995.php5

Prévisions des arrivées en France pour le mois de juin 1962 : 25 000 familles par an.
La Délégation des Rapatriés, Boulevard Gouvion Saint Cyr à Paris, regroupe 46 départements au nord de la Loire.
Prévisions des arrivées pour cette délégation : 10 000 familles par an.
100 dossiers par jours sont examinés soit 2 000 familles par mois.
Les dossiers de 24 000 familles par an sont ainsi traités (soit plus du double des prévisions).
En réalité il arrive près de 600 lettres par jour qu'il faut lire et dont il faut rédiger la réponse et la dactylographier.
La délégation aux rapatriés ne compte que 60 personnes pour étudier les demandes.
Les services se trouvent saturés et les employés débordés et à bout de force.
Il suffisait de 5 rédacteurs et de 5 dactylos de plus pour régler le problème...

le mois de l'exode Cinq colonnes à la une - 01/06/1962 -
http://www.ina.fr/economie-et-societe/environnement-et-urbanisme/video/CAF88030872/algerie-le-mois-de-l-exode.fr.html

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Mis en ligne le 10 sept 2010 - Modifié le 12 février 2012

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