L'abomination de la désolation
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Livrés à l’oubli et aux herbes sauvages
La crise gagne les cimetières
Vue sur mer, exposition idéale, voisinage tranquille. Le cimetière musulman d’El Kettar, surplombant la baie d’Alger, fait face à la majestueuse carrière Jaubert. Languide, il étale au soleil sa disposition en étages et dégringole jusqu’au cœur de Bab El Oued, l’un des plus populeux quartiers d’Alger. L’odeur poivrée de la menthe sauvage qui a poussé sur certaines tombes embaume l’air. Malgré cette atmosphère sereine, l’endroit est dégradé, mangé par les herbes sauvages. A côté des tombes ornées de carreaux de faïence colorés, des gravats, des parpaings et des détritus s’entassent, donnant au lieu un décor lugubre. Perché sur une superficie de 14 ha, El Kettar est l’un des plus anciens et des plus grands cimetières d’Alger. A l’heure actuelle, il est saturé, ou presque. « La crise du logement ne touche pas uniquement les vivants », ironise un citoyen rencontré sur les lieux. Les habitants de Bab El Oued et de Climat de France notamment sont directement touchés par sa saturation. « Il arrive que quatre ou cinq morts se disputent le même trou », affirme notre interlocuteur avec sa touche d’humour. On déterre les anciens et... place aux « nouveaux » ! La végétation est la reine des lieux. Elle fait parfois le bonheur des riverains. En cette belle matinée de janvier, un vieil homme accompagné de ses petits-enfants s’échine à amasser des touffes d’herbe fraîche qu’il fourre dans des sacs. Renseignement pris, il ne s’agit aucunement d’une quelconque opération de nettoyage : la récolte servira à nourrir le mouton de l’Aïd ! Alger, selon Ahmed Djekhnoun, directeur général de l’Etablissement des pompes funèbres et cimetières (EGPFC), compte 141 cimetières toutes confessions confondues : 106 musulmans, 34 chrétiens et un israélite. Un patrimoine historique et religieux très riche qui a tendance à tomber en ruine. « La plupart de nos cimetières sont dans un état de désolation, je vous l’accorde », reconnaît le directeur général de l’EGPFC. « Il y a eu négligence, notamment durant les années de terrorisme qui ont rendu difficile la gestion de ces endroits. Mais les choses ont changé. Ce sont des lieux sacrés que nous avons repris en main. Nous ne faisons aucune différence de traitement entre les confessions et suivons la même procédure pour l’ensemble des sites, avec, notamment, des opérations de désherbage régulières », a-t-il expliqué. Les cimetières chrétiens et israélites, témoins de la colonisation française, sont de véritables musées à ciel ouvert. On y remonte le temps au gré des épitaphes et des photographies qui ornent les sépultures. A Alger, ces lieux ont connu des fortunes diverses. Malmenés pendant la décennie noire, ils n’ont pas été épargnés par les catastrophes naturelles qui ont touché la capitale ces dernières années. « La plupart des dégradations sont causées par la nature.
Quand un olivier sauvage pousse sur une tombe, cela provoque son éclatement », souligne pour sa part Alain Bourdon, trésorier de l’Association pour la sauvegarde des cimetières en Algérie (Asca), dont le siège est basé en France. Les vicissitudes de la nature n’ont pas été, toutefois, les seules à avoir détérioré ces lieux sacrés.
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Profanations
Pour notre interlocuteur, « les cimetières français ont également connu un certain nombre de profanations. Des profanations antichrétiennes et antifrançaises. Il y a aussi des profanations liées à un souci de récupération économique. Le marbre des stèles a été volé. Certains cherchaient aussi dans les tombes des bijoux ou des ossements destinés à la sorcellerie. Enfin, des cimetières ont fait l’objet d’un pur vandalisme. Tout le monde a une part de responsabilité : les autorités françaises n’ont rien fait pendant longtemps, les autorités algériennes ne s’occupaient pas des parties communes et les familles à qui incombe la tâche de l’entretien des sépultures. » Le témoignage d’Alain Bourdon est corroboré de façon claire par les réalités du terrain. Le modeste cimetière chrétien de Aïn Benian porte les stigmates du temps et des inondations du 10 novembre 2001. Bordées par des arbres fantômes, dénaturés par le vent, les tombes grignotées par l’air marin sont, dans la plupart des cas, en bon état. Mais certaines ont le ventre ouvert, le marbre craquelé laissant apparaître des fissures importantes. Les éléments décoratifs en fer forgé ont subi, au fil des ans, les assauts dévastateurs de la pluie. Contigu au cimetière musulman, le cimetière chrétien rassemble des tombeaux de familles aux noms qui fleurent bon le métissage. Casanova, Lancelot, Galiana, Llorca, di Meglio... Séparé de la mer par la route, il a quasiment les pieds dans l’eau, rappelant le cimetière marin chanté par Brassens.
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Des vivants côtoient les morts !
Premier saisissement à l’entrée du cimetière : il n’y a pas que des morts ici. A gauche du portail, du linge sèche. La famille du gardien y a organisé sa vie. Un chien jaune garde l’entrée d’une chapelle mortuaire, transformée en « annexe » d’un poulailler. Une jeune fille prend le soleil sur un muret et s’enfuit en courant à la vue des visiteurs. Reste un drap qui flotte dans le silence. Et une étrange sensation : comment les vivants cohabitent-ils avec les morts ? Mais ce n’est rien encore... Au cimetière Sidi Yahia vivotent 34 familles. Une situation qui dure depuis des dizaines d’années. Seifdine, jeune homme de 32 ans au sourire doux et désabusé, sera notre guide. Il est né ici, au milieu des tombes. Alors que le cimetière semble assez bien entretenu, les familles s’entassent autour du mausolée du saint Sidi Yahia. Leur histoire personnelle se confond avec la grande Histoire : en 1949, après l’explosion d’une bombe dans La Casbah, des citoyens trouvent refuge ici, dans des habitations qui, alors, se trouvaient en dehors de l’enceinte du cimetière. Lorsque celui-ci est étendu, ils se retrouvent, du coup, à l’intérieur. Chassées par le terrorisme au début des années 1990, d’autres familles sont venues s’installer ici « à titre provisoire ». Mais le provisoire s’est installé dans la durée. Autour du mausolée, les habitations s’imbriquent. La présence de télévisions, de paraboles et de frigidaires crée une sorte de discordance avec la situation sanitaire déplorable. Les intérieurs soignés n’empêchent pas la misère de suinter. Les WC sont dans un piteux état et, après le tremblement de terre de mai 2003, un pan de leur mur s’est même effondré. Les habitations sont terriblement humides et les eaux pluviales dégoulinent à travers les plafonds en tôle ondulée. « Les élus viennent, regardent, font des promesses mais il ne se passe jamais rien. Mon grand-père est rongé par le froid », regrette Seifdine, désignant la peinture écaillée qui s’étale au-dessus du vieil homme alité. Mimoun, l’un des doyens du lieu, a la peau burinée, de petits yeux noirs et vifs et le rire facile. Il montre sa chambre de 16 m2, qu’il partage avec sa femme et 7 autres membres de sa famille. Deux lits sont faits. Le lieu contient une armoire, une commode, un frigo et une vieille cuisinière. C’est tout. Mimoun est arrivé ici en 1955 et n’a pas perdu espoir de déménager. Pour le moment, il montre du doigt les larges traces d’humidité qui rongent les murs et peste contre les insectes qui envahissent l’endroit, surtout l’été. Dehors, Seifdine se faufile entre les tombes pour nous montrer l’endroit où un égout déverse ses eaux usées à ciel ouvert, faisant courir aux habitants des risques de maladie. Pour autant, cet endroit oublié de tous n’en finit pas d’accueillir des nouveaux venus : une famille s’y est installée il y a 3 jours à peine... De nombreux enfants s’égaillent dans les tombes. Drôle d’endroit pour jouer à cache-cache ! « Ce n’est pas normal de grandir dans un cimetière. Beaucoup de gens, ici, ont des maladies mentales », explique Seifdine. La peur de la mort prend ici une résonance particulière et les habitants redoutent un prochain tremblement de terre. Car ils savent que personne ne viendra les aider. Cette situation n’est pas pourtant spécifique au cimetière de Sidi Yahia, 106 familles habitent à El Alia. A l’opposé de cette misère humaine, le cimetière chrétien d’El Madania (ex-Salembier) est ce qu’on pourrait appeler un cimetière... résidentiel. Situé sur les hauteurs d’Alger, il est clôturé par un haut mur d’enceinte immaculé. Un grand et lourd portail en fer s’ouvre sur un très bel endroit, au charme suranné. Le cimetière a gardé son lustre d’antan. De jolis bancs en pierre, de nombreuses fontaines aujourd’hui taries et sans doute l’une des plus belles vues sur Alger et sa baie. Une image de carte postale ! Les lieux semblent bien entretenus. Les pouvoir publics, faut-il le souligner, ont fait des efforts pour réhabiliter les nécropoles de la capitale à l’instar du cimetière de Saint Eugène, à Bologhine, visité par le président français Jacques Chirac en mars 2003. « Le haut du cimetière est en très mauvais état, mais j’ai fait le pari de le rénover », explique le premier responsable de l’EGPFC, dont les bureaux donnent directement sur le cimetière. « 80% du lieu sont en bon état. Même si l’entretien des tombes revient aux privés, nous en avons remis certaines en état, notamment celles qui avaient été profanées », dit-il en montrant des coulées de béton récentes. Les palmiers donnent un air de villégiature au plus grand cimetière chrétien d’Alger (18 ha). Ici, sont enterrés des hommes de lettres, des politiques, des consuls, des proviseurs... Les plus grandes familles sont enterrées dans la partie basse du cimetière et les militaires ont leur propre carré, remis à neuf. Les croix blanches et trapues parsèment une herbe veloutée. L’exception : une tombe, plus haute, plus large, entourée d’un grillage ouvragé. C’est celle de Mme Garcin, décédée le13 octobre 1894 et mariée en 1831 à Breuil, maître cordonnier des Zouaves. Il s’agirait du premier mariage d’une Française en Algérie. Une autre porte s’ouvre et c’est le cimetière israélite. Les inscriptions en hébreux côtoient l’alphabet latin. Des photographies laissent entrevoir une moustache passée de mode ou une mise en plis impeccable. Des sourires figés dans une jeunesse oubliée. Ce cimetière possède deux magnifiques monuments restaurés dans le style oriental, dont un abrite les restes de plusieurs grands rabbins revenus d’Espagne au XVè siècle. Les tombes sont plus souvent entourées de béton et non de terre battue, ce qui évite aux herbes sauvages de pousser dans tous les sens. Malgré tout, la nature se développe sous les dalles, craquelle le béton et certains tombeaux sont de guingois suite aux récentes secousses sismiques. Au-dessus de ces tombes juives, la basilique Notre-Dame d’Afrique veille, ses ocres se détachant sur le bleu du ciel. Soudain, l’appel à la prière résonne. La croix, l’étoile et le croissant sont réunis dans ce lieu paisible.
Olivia Marsaud
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Loin des yeux à Blida
Quatre cimetières chrétiens du grand Blida et quatre destinées différentes : Blida, Ouled Yaïch, Beni Mered et Soumaâ ne sont pas logés à la même enseigne ! Autant l’espace réservé à toute la communauté chrétienne enterrée dans sa majorité durant un peu plus d’un siècle sur quatre hectares bénéficie de toute l’attention des autorités de la commune de Blida et des services de l’ambassade de France, autant les cimetières des autres communes précédemment citées laissent deviner un laisser-aller qui indigne l’homme dans l’acceptation du terme. Qui blâmer : l’Algérie, la France, les différentes ligues des droits de l’homme ? Des sépultures ouvertes, des ossements visibles, des herbes folles, des détritus, effets du temps ! La réhabilitation a un prix et les efforts des autorités des deux rives sont concentrés sur les grands centres. Le cimetière chrétien de Blida renfermant 3800 tombes répertoriées et réparties sur vingt-quatre îlots reçoit une entreprise pour la réhabilitation engagée par les services de l’ambassade de France depuis trois années. M. Mellak, président de l’Apc de Blida, assure que la commune emploie depuis 2002 deux personnes pour le gardiennage et assure la réfection de la façade : « Il fut un temps où la profanation des lieux était régulière et nous pouvons estimer que le tiers des tombes a été quelque peu endommagé, mais cela va beaucoup mieux depuis deux années », a déclaré M. Mellak qui garde jalousement les registres et les plans des lieux bien visibles des hauteurs de la ville. Une visite sur les lieux permet de constater que toutes les tombes sont fermées, des travaux portant la trace de matériaux actuels attestent de la présence de personnes s’occupant de la réfection ; cela est encore plus vrai, lorsque le portail donnant accès au cimetière de Ouled Yaïch, à 3 km, s’ouvre au visiteur : herbes folles, dalles déplacées, sacs poubelles entreposés ventre en l’air et provenant de la cité voisine. Enserré entre un espace commercial et deux lieux de formation, le cimetière d’une superficie - calculée par un technicien de l’APC de Ouled Yaïch - de 4000 m2 n’a pas reçu un toilettage depuis plus de dix ans. Qui aurait osé approcher les lieux pour ce genre d’action, lorsqu’on sait la réputation de la commune où pas un chat n’était dehors dès 17h durant bon nombre d’années ? Comment comprendre, dans un autre volet, que ce cimetière ne dispose d’aucune information au niveau des services de la commune ? Des responsables ont déclaré qu’ils étaient prêts à « mettre le paquet » pour l’entretien du cimetière, mais des ordres venus de la wilaya les en empêchèrent en leur déclarant qu’ils n’étaient pas habilités et que des personnes de l’ambassade de France allaient venir les informer de la marche à suivre. « Nous attendons toujours ! » Beni Mered, grand village plus au nord - 5 km- ,offre le même aspect négatif sauf que les deux portes d’accès sont fermées. Ce qui peut être vu du mur renseigne sur le peu d’égard réservé aux hommes, femmes et enfants morts sur cette terre. Même aux services de la commune, rien ne sera donné sous le prétexte que le premier responsable a été déchargé de sa fonction et que le secrétaire général n’était pas habilité à répondre aux questions : « Il faut voir avec les services de la wilaya ! » Une manière comme une autre de ne pas y donner suite. Le cimetière chrétien de Soumaâ demeure isolé de toute construction. Situé à la sortie est du village, sur la route de Boufarik, il ne possède même pas un portail interdisant ou permettant l’accès ! L’état des lieux demeure le plus négatif des quatre cimetières avec pratiquement toutes les dalles déplacées, les tombes visitées comme à la recherche de quelque butin ou ayant déjà servi de cache durant la décennie de référence macabre. Les quelques dizaines de tombes répertoriées à l’œil nu au milieu de hautes herbes et sur un espace plus important que celui de Ouled Yaïch permet de penser qu’il était destiné à un avenir « prometteur », s’il est permis d’employer ce terme pour la circonstance. Toutefois, une citoyenne françaises résidant à Blida pense qu’il serait sans doute préférable de regrouper les tombes dans quelques cimetières représentatifs - « les lieux seront mieux pris en charge » - et conserver le reste des espaces pour en faire des parcs propices au repos, à la méditation et à la réflexion.
Mekfouldji Abdelkrim
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Alain Bourdon « Des opérations dignes sont nécessaires »
Plusieurs associations, comme In Memoriam, à Alger et la Fondation France -Maghreb, en France, se battent pour la conservation et l’entretien des cimetières chrétiens et israélites en Algérie. C’est le cas de l’Association pour la sauvegarde des cimetières en Algérie (ASCA) qui a été créée en 1985 par un groupe de pieds-noirs. Alain Bourdon est cardiologue à Marseille. Originaire de Boufarik, il est né en 1942 et a quitté l’Algérie en 1962. L’ASCA a plusieurs buts : entretenir les cimetières français d’Algérie. « Nous sommes la dernière génération à nous en occuper. Après nous, les cimetières français pourraient disparaître, car les privés n’ont que l’usufruit des concessions. Etant propriétaire de la terre, l’Algérie est en droit de reprendre les cimetières à tout moment et de les raser », explique-t-il. Les ressources de l’ASCA proviennent des cotisations de ses membres et de quelques subventions des pouvoirs publics. En 2004, le Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur a débloqué 50 000 euros, ce qui a permis de restaurer le cimetière d’El Harrach (ex-Maison Carrée). « Un lieu symbolique car l’ensemble des religieux du diocèse d’Alger y sont inhumés. Notre prochain chantier sera le cimetière juif de Blida (...) Un cimetière a une fonction religieuse mais aussi historique. Détruire un cimetière français en Algérie, c’est nier notre légitimité à nous revendiquer Algériens. Mais il faut être réaliste : tous les cimetières français ne peuvent être gardés », dit-il. « Nous demandons qu’à la place de chaque cimetière « relevé » (rasé), on érige une obélisque en béton de 2 ou 3 m, et qu’on inscrive « Aux enfants de... », avec une croix, une étoile et un croissant.... Qu’on prélève quelques ossements et qu’on les jette dans le béton... Ce serait une opération propre, digne et peu coûteuse. Nous souhaitons qu’il y ait un accord de gouvernement à gouvernement sur le sujet des cimetières. En échange de l’édification des obélisques, les familles françaises pourraient rétrocéder la jouissance des terres aux autorités algériennes. Avec la crise du foncier que connaissent les grandes villes algériennes, ce n’est pas négligeable. J’ai proposé ce programme aux deux parties, j’ai reçu des échos favorables mais tout reste à concrétiser. », ajoute-t-il
Olivia Marsaud
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Ahmed Djekhnoun. Directeur de l’Etablissement des pompes funèbres : « Un secteur longtemps délaissé »
Ahmed Djekhnoun est directeur général de l’Etablissement de gestion des pompes funèbres et des cimetières (EGPFC) depuis une année et demie. L’EGPFC a été créé en 1995 par arrêté du wali d’Alger.
Il y a une confusion dans la gestion des cimetières... Partagez-vous cet avis ?
Je pense que le moment est venu d’éclairer la situation. Le territoire de la wilaya d’Alger renferme en tout 141 cimetières dont 106 cimetières musulmans, 34 chrétiens et 1 israélite. Initialement, ces cimetières étaient gérés par le Conseil populaire de la ville d’Alger (ex-CPVA). Après la dissolution de cet organisme, il y a eu la création d’un autre EPIC, à savoir, l’EGPFC. L’établissement dispose d’un plan de charge de 17 cimetières, dont 11 musulmans, 5 chrétiens et1 israélite.
Pourquoi votre plan de charge ne couvre que 17 cimetières sur 141 ?
Les 17 cimetières que nous gérons représentent plus de 50% de la superficie totale de l’ensemble des cimetières d’Alger. Nous avons la charge des plus importants et des plus vieux cimetières d’Alger, notamment El Alia qui est un cimetières national (80 ha), les cimetières d’El Kettar (14 ha), de Garidi (17 ha) et de Ben Omar (8,50 ha). Concernant les plus importants cimetières chrétiens, on peut citer Bologhine (18 ha) et celui du boulevard des Martyrs (11,75 ha). Le wali d’Alger a pris récemment la décision d’affecter l’ensemble des cimetières chrétiens à notre établissement. Ainsi, depuis septembre 2004, notre entreprise gère quelque 56 cimetières.
La plupart des cimetières d’Alger sont dans un état de désolation. Qu’en pensez-vous ?
Etant très franc dans ce domaine, j’approuve votre remarque. C’est un secteur quelque peu délaissé, conséquence du peu d’intérêt qui lui a été accordé jusque-là. Il y a peut-être eu des négligences. Les gens croyaient que les cimetières sont tout simplement des lieux où on enterre les morts, alors que c’est toute une gestion, toute une organisation et toute une réglementation qu’on doit faire respecter. Nous sommes d’abord des musulmans et notre religion considère les cimetières comme des lieux sacrés pour le repos éternel des morts. Comme tout le monde le sait, on est passé par une période assez difficile pendant laquelle personne n’osait s’y aventurer.
Les cimetières d’Alger sont quasiment saturés. Que peut-on faire pour remédier à cette situation ?
Les vieux cimetières d’Alger sont saturés, certes. Il s’agit notamment des cimetières d’El Kettar, de Garidi, d’El Madania... Le wali d’Alger a pris des initiatives et c’est dans ce cadre qu’il nous a confié la gestion des cimetières chrétiens. 7 nouveaux cimetières musulmans vont être créés. Les chantiers sont en cours, notamment aux Grands Vents et à Birkhadem. Pour les autres sites, à savoir Gué de Constantine, Bourouba, El Harrach et les Eucalyptus, les études sont d’ores et déjà faites, les appels d’offres lancés et il ne nous reste que le choix des entreprises pour démarrer les travaux. Un autre projet d’extension concerne quatre cimetières : El Madania, Garidi, Aïn Benian et El Kettar. Une enveloppe de l’ordre de 228 millions de dinars est destinée à la réalisation des 7 cimetières et à l’extension des 4 autres. Par ailleurs, une autre enveloppe sera débloquée pour le financement des travaux de réaménagement qui seront engagés dans 17 cimetières.
Les sépultures chrétiennes ont-elles été réellement profanées ?
Rien n’a été épargné pendant la décennie du terrorisme. Ni les cimetières chrétiens ni les cimetières musulmans. Il y a eu des profanations, certes. Les raisons de ces violations restent, toutefois, inexpliquées. Néanmoins, depuis quatre ans, on n’a pas enregistré de profanations ni au niveau des cimetières chrétiens ni au niveau des cimetières musulmans. Pourquoi ? Parce que tout simplement, on a pris en charge de façon sérieuse la gestion de ces cimetières. Il faut noter aussi que les inondations de Bab El Oued et le tremblement de terre de mai 2003 ont partiellement détruit certains cimetières.
Que pensez-vous du plan annoncé par les autorités françaises concernant le regroupement des sépultures ?
C’est un dossier important qui n’est pas pris en charge par la wilaya d’Alger. Un dossier est ouvert par les autorités des deux rives. Il y a des spécialistes de part et d’autre pour le regroupement des cimetières chrétiens. Je pense qu’il y a des raisons valables qui ont poussé les responsables chrétiens à réfléchir de la sorte. Ils ont constaté que certains petits cimetières, situés dans des endroits reculés, sont depuis longtemps négligés. Le regroupement de ces sépultures permettrait de mieux les gérer. Nous avons recensé 560 cimetières chrétiens en Algérie. 90% des personnes qui y sont enterrées sont de nationalité française. La République française a le droit de prendre les mesures qui s’imposent en collaboration avec l’Algérie pour que ce dossier soit pris en charge. Il y a une bonne volonté de la part de l’Algérie et de la France pour régler ce problème. Une association pour la préservation des cimetières chrétiens commence à bouger. Il y a aussi la Fondation France-Maghreb qui a pris contact avec moi. Il y a des échanges de correspondances. Nous sommes en phase de concrétisation de certaines actions que nous allons mener ensemble.
A. Benchabane Olivia Marsaud
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4000 sépultures chrétiennes seront regroupées
La France, en étroite collaboration avec les autorités algériennes, compte lancer dans le courant de cette année un vaste programme visant le regroupement, la rénovation et l’entretien des sépultures civiles françaises en Algérie. Annoncé en grande pompe par le président Jacques Chirac, lors de sa visite d’Etat effectuée en Algérie en mars 2003, « ce plan a pour objectif de parvenir en 5 ans à une situation satisfaisante pour ces sépultures ».
Pour ce faire, un état général des cimetières où se trouvent les sépultures civiles françaises a été effectué par les consuls généraux de France à Alger et à Annaba. Dans une récente déclaration, le porte-parole du Quai d’Orsay a annoncé que « les premières propositions d’action ont reçu l’accord du gouvernement algérien, en septembre 2004 ». Selon la même source, « tout en poursuivant les travaux de rénovation et d’entretien qu’il a intensifiés en 2004, le gouvernement français lancera dans le courant de cette année, avec les collectivités territoriales qui ont souhaité s’engager aux côtés de l’Etat, la première phase d’un programme de regroupement d’environ 4000 tombes de 62 cimetières fortement dégradés ». Par arrêté du ministère des Affaires étrangères du 7 décembre 2004, les autorités françaises ont désigné les cimetières concernés et les sites de regroupement. Les familles qui souhaiteraient mettre à profit cette occasion pour transférer en France les restes mortels de leurs défunts disposent d’un délai de quatre mois pour en informer, selon le cas, le consul général de France à Alger ou à Annaba.
A. Benchabane
http://www.elwatan.com
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