Les revenants
Le mardi 4 octobre 2005, au journal télévise de TF1 nous avons pu voir un reportage concernant un oranais qui avait décidé de " rapatrier " le corps de son père décédé à Oran avant l'indépendance.

PPDA en introduction signalait l'impossibilité (?) d'entretien les cimetières chrétiens " dégradés " (sic) en Algérie et la décision conjointe des gouvernements algérien et français de regrouper les restes de nos compatriotes dans des lieux plus propices à leur conservation, dans la dignité minimale du respect que l'on doit aux défunts.

Mais le plus troublant réside dans le fait de l'étonnement que cette décision reste très minoritaire et on a pu percevoir comme une attente ou une incompréhension concernant le peu d'empressement de nos compatriotes à effectuer cette démarche qui semble être devenue la normalité.

Il existe donc comme nous l'avons signalé il y a quelques mois, dans notre dossier " Cimetières ", avec une pressentiment qui n'avait rien avoir avec les arts divinatoires, une " planification " pour débarrasser l'ensemble des nécropoles où sont enterrés nos aïeux. Le cas est symptomatique notamment pour le cimetière d'Oran qui n'est pas le pire et qui montre que ce n'est pas seulement les petits cimetières disséminés dans des communes de moindre importance, mais également ceux des grandes métropoles qui connaîtront bientôt le même sort. C'est sans aucun doute, l'ensemble des sépultures des français d'Algérie, qui à terme seront concernées.

Il faudra donc choisir, si ce mot peut avoir ici sa signification habituelle. Ou laisser nos êtres chers voués aux profanations ordinaires que la mauvaise volonté ou l'indifférence des uns et des autres laissent se généraliser ; Ou, pour ceux qui ont les moyens, de trier les " bénéficiaires " d'une sorte de regroupement familial posthume.

Car en plus de déroger au principe moral qui consiste à dire que l'on ne dérange pas les morts et qui pour nombre de Pieds-Noirs, comme d'algériens d'ailleurs, constitue une sacrilège abject, il s'agit en outre de trouver les fonds nécessaires à la réalisation de cet ultimatum sordide. Ce que ne précise pas le reportage, c'est le coût du rapatriement, fixé à 1500 euros par corps au minimum, sans compter les frais de voyage et de séjour.

La sélection sera rude. Un grand-père ou une grand-mère ; un arrière grand-père ou un frère… Raisonnablement, sauf pour les " riches colons " ou pour ceux qui ont touché une substantielle indemnisation et qui constituent, convenons en, une minorité dérisoire, la charge financière est d'une importance non négligeable et difficilement supportable pour le commun des mortels.

Pour mon cas personnel : En supposant que je me limite à deux générations : deux grands-pères, deux grands-mères, un frère, deux arrière-grands-pères, deux arrière-grands-mères, soit 9 corps à transférer pour un montant de 13500 euros, ce qui ne doit pas être loin de se monter aux alentours de 20 000 euros avec les frais annexes (1). Ceci dit, en sacrifiant, 3 oncles, une tante, et tous les autres de la génération précédente.

Voici qui frise l'indécence. Alors bien sur, on peut se mettre à plusieurs ce qui allonge de facto la liste des prétendants au voyage, faire un emprunt, jouer au loto ramasser des pièces jaunes…

L'imposture est ignoble.
A qui fera-t-on croire, que deux états souverains, qui s'apprêtent à signer un traité d'amitié, qui se targuent de s'associer pour des taches grandioses, sont incapables, d'apporter à des lieux de recueillement la tranquillité qu'ils méritent. J'entends déjà les harangues de notre futur associé, si un seul carré algérien devait subir les mêmes outrages du coté de Paris ou de Lyon.

Dans une trentaine d'années, les vivants auront disparus, et les morts également.
Pour peu que quelques jeunes et fougueux historiens émérites se mettent à pétitionner contre l'évocation scolaire d'une présence française outre mer, seuls des archéologues talentueux et pugnaces pourront en retrouver la trace dans un siècle ou deux. Mais à ce moment là, nous serons gavés de pissenlits et nous reposerons quelque part dans un petit cimetière tranquille de Provence, de Bourgogne ou d'ailleurs.
A moins qu'une fois de plus, le grand vent de l'histoire…

(1) Une inhumation avec transfert de corps, même une simple boite dans un cimetière vaut au moins 500 euros. Donc 9 x 500 = 4500 euros. L'achat d'un casier pour mettre les 9 boites, c'est aux alentours de 600 euros (à condition qu'elles rentrent toutes dans le même casier), plus tous les frais annexes. Un voyage en Algérie avec un séjour minimum de deux jours, au moins 450 euros.

A.M
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Mis en ligne le 07 octobre 2005
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