Le 7 mars 1944, le Comité français de libération nationale « accorde la nationalité française, sans modification de statut religieux, à tous les musulmans qui ont obtenu une décoration militaire et sont diplômés du certificat d’études au minimum. »

Le 14 mars 44, Ferhat Abbas a constitué les « Amis du manifeste de la liberté » (AML) qui comptait jusqu’à cinq cent mille adhérents.
Il s’agissait pour lui d’internationaliser le problème algérien. 150 000 musulmans, sur une population estimée à environ 7 millions, avaient été mobilisés dans l’armée française.
Ferhat Abbas demande que ces musulmans obtiennent les mêmes droits et les mêmes libertés essentielles dont jouissent les autres habitants de l’Algérie.

62 000 combattants bénéficieront de cette nationalité.

Le 28 avril 45, Abbas réclame l’autonomie de l’Algérie, sous une forme fédérative, et prépare activement le soulèvement de Sétif.

Les revendications politiques sont de deux ordres totalement opposés :
1/ Pour le clandestin Parti populaire algérien de Messali Hadj, éloigné dans un premier temps vers El Goléa et Brazzaville puis placé en résidence surveillée à Reibell. Il s’agissait de retrouver sa position de leader du nationalisme algérien, qui lui était contestée par Ferhat Abbas, et de promouvoir l’indépendance de l’Algérie.
2/ Pour Ferhat Abbas et son parti « Les Amis du manifeste de la liberté » il s’agissait de la reconnaissance égalitaire de tous les habitants de l’Algérie et l’accession à la citoyenneté française.

On a pu constater dans les années qui ont suivi 1945, et surtout entre 1954 et 1962, la guerre sanglante que se sont livrée aussi bien en Algérie qu’en métropole les partisans du PPA et du FLN dont le bilan fut de plusieurs milliers de morts.

Donc parmi les manifestants (environ cinq mille) nous retrouvons ces deux courants contraires et souvent opposés.

Contrairement à ce qui est généralement affirmé, l’émeute de Sétif n’a pas été la conséquence directe de la colère des manifestants provoquée par la mort du jeune scout, Saâl Bouzid, qui avait brandi un drapeau de l’Algérie indépendante.
Cet « accident » n’aura été que le déclencheur de l’émeute car, deux heures avant même que ne débute cette manifestation, le régisseur du marché, Gaston Gourlier, avait été assassiné.

Des versions nomment la petite Nakache comme étant la première victime de cette journée.

Cette manifestation, autorisée par les autorités préfectorales, fut en réalité le début d’une insurrection armée. Son véritable objectif était bien au contraire de lancer un projet d’insurrection nationaliste dans le but d’installer dans une « zone libérée » un gouvernement provisoire algérien présidé par Messali Hadj principal dirigeant du Parti du peuple algérien.
Ce gouvernement devait siéger à la ferme Maïza près de Sétif, mais l’évasion ratée de Messali a déjoué ces plans.

La preuve en est apportée car, au même moment et dans plusieurs endroits sans aucun lien évident avec la manifestation de Sétif, d’autres soulèvements se déroulèrent dans une vingtaine de localités de la région (Périgotville, Chevreul, Kerrata, Lafayette, Sillègue, El Ourici, etc.) et plus de 60 Européens furent massacrés.

À Guelma, la manifestation est interdite mais elle débute vers 18 heures et se heurte immédiatement aux forces de police. Plusieurs manifestants, 2 policiers et 1 gendarme sont blessés. Le lendemain, dans une dizaine de villages de la région, les Européens sont agressés. Il y aura 12 morts et 2 blessés.

Les effectifs de la police nationale à Sétif n’étaient que de 40 hommes. Dans les villages les gendarmeries n’étaient représentées que par 3 ou 4 hommes.

Des renforts (1) arrivent du Maroc, de Tunisie et d’Alger : 10 000 hommes sont déployés dans le Constantinois mais seulement 3 700 dans la subdivision de Sétif, la plus vaste (sa surface est l’équivalent de 2 départements métropolitains), le plus montagneuse et la plus touchée.

(1) Légion, tabors marocains, tirailleurs sénégalais, spahis tunisiens et tirailleurs algériens. Ndlr.

La répression conduite par l’armée et qui n’a débuté que le 9 mai, n’a concerné que les communes où des Européens avaient été tués et blessés.

Ce qui s’est passé en Algérie en mai 1945 est donc bien connu des historiens et très éloigné de l’histoire officielle algérienne complaisamment relayée par la classe politico-médiatique française.

La population indigène a été victime d’un guet-apens ce 8 mai 1945.

Dans son « testament politique », écrit en 1945 mais resté inédit jusqu’en 1994, Ferhat Abbas, l’un des initiateurs de cette manifestation, n’hésite pas à condamner :
 « Les organisateurs d’émeutes, ceux qui ont poussé à la violence des paysans désarmés et ceux qui, tels des chiens sauvages, se sont jetés sur Alfred Denier, auquel un salaud a sectionné les mains à coups de hache. »

Manuel Gomez

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Mis en ligne le 12 sept 2025

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